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Tribune de Stéphane COSSÉ :

Tribune de Stéphane COSSÉ : "Paris vaut-il bien une... dette ?"

Le 18/09/2013

Tribune de Stéphane COSSÉ : "Paris vaut-il bien une... dette ?"

Stéphane Cossé, vice-Président de l’UDI à Paris, coordonateur de l’UDI 15ème, a publié le 18 septembre une tribune dans le Figaro.

A six mois des élections municipales, les premières annonces de campagne des candidats commencent à voir le jour. Ces annonces comme toujours ne sont pas sans incidence financière. Et pourtant ces élections vont se dérouler dans un contexte général financier particulier, qui devrait inviter chacun des candidats à la prudence. Pour illustrer ce propos, il suffit de prendre le cas de la situation financière de Paris.

De façon générale, la santé budgétaire de la ville de Paris est jugée au premier abord plutôt bonne. C’est du moins le point de vue des agences de notation qui classent Paris au même niveau que la signature des emprunts d’Etat. Leur raisonnement est le suivant : les caisses des finances publiques parisiennes peuvent être renflouées, car Paris jouit d’une importante flexibilité fiscale en raison de taux modérés par rapport à la moyenne nationale.

Mais un tel raisonnement ignore deux données majeures. D’une part, le « ras-le-bol fiscal » des Français selon les termes du Ministre des Finances lui-même, illustré par le taux de prélèvements obligatoires le plus élevé d’Europe après le Danemark (au-delà de 46% du PIB). Peut-on un seul instant imaginer qu’un candidat va faire campagne pour une municipalité, à Paris comme ailleurs, en s’engageant à augmenter les impôts? Notons, en outre, que la pression fiscale sur les Parisiens a déjà augmenté de plus d’un tiers au cours du second mandat de Bertrand Delanoë (la taxe foncière a crû, par exemple, de 68%). D’autre part, la réduction des dotations aux collectivités locales : l’Etat n’a pas d’autre choix de continuer à les réduire pour diminuer ses déficits, à l’instar des coupes déjà entamées depuis 2012 (-2,7% en 2012 à Paris). Aucune compensation n’est à attendre de ce côté-là, mais au contraire des manques-à-gagner.

Par conséquent, les recettes et la fiscalité ne peuvent plus être un facteur d’équilibre financier. Au vu de cet environnement fiscal et budgétaire général, la situation financière n’est donc pas celle présentée avec un regard seulement comptable par les agences de notation concernant plus particulièrement Paris (anticipant cela, l’une d’entre elles a toutefois mis d’ores et déjà les comptes de la ville « sous perspective négative »).

Quid des dépenses pour maîtriser les budgets? A Paris, les dépenses de fonctionnement ont augmenté de 60% sous les mandats de Bertrand Delanoë. Environ 10 000 fonctionnaires, soit 25% des effectifs, ont été recrutés. A cela s’ajoute la tendance structurelle de l’Etat à transférer des missions sans contrepartie financière et à se défausser sur les collectivités locales. En 2013 et 2014, la réforme des rythmes scolaires va ainsi nécessiter, mairie par mairie, des recrutements supplémentaires pour proposer des activités aux enfants l’après-midi, sans qu’il n’y ait eu aucune étude d’impact à ce sujet. A Paris, 2 000 agents supplémentaires vont être recrutés (soit 4% des effectifs fonctionnaires). Ajoutons, enfin, qu’il y a des enjeux de demain incontournables à financer, comme en Ile-de-France le Grand Paris pour lequel la capitale doit assumer une contribution qui dépasse sa part théorique.

Ainsi, tandis qu’il n’y a plus de marge du côté des recettes, les dépenses parisiennes augmentent structurellement, pesant par-là même sur les besoins d’emprunt. Or, la dette de la Ville a déjà triplé depuis 2001. Longtemps évaluée faible, elle atteint des niveaux par rapport à ses capacités de remboursement qui la rapprochent de Lyon, et surtout elle s’accroît donc inexorablement.

Au total, à Paris, les candidats devront être jugés sur leur capacité à proposer un programme non pas de maîtrise, mais de réduction des dépenses. Certains exciperont la spécificité de la capitale et, s’inspirant d’Henri IV, argumenteront que Paris vaut bien une dette (supplémentaire). Rappelons pourtant que Paris a déjà le niveau de dépenses par habitant le plus élevé des grandes villes françaises, devant Lille, Marseille et Lyon.

L’une des spécificités du scrutin municipal à venir est que les contraintes préoccupantes auxquelles Paris doit faire face s’applique à la plupart des municipalités de France. Et bien entendu à l’Etat également, qui se retrouve à la croisée des chemins dans sa loi de finances 2014 en matière de baisse ou non des dépenses. Souhaitons que, au cours de cette campagne, chaque candidat puisse faire preuve d’un esprit de responsabilité dans ses engagements et que ce scrutin sorte du déni de réalité, qui accable trop souvent notre pays.

Stéphane Cossé est ancien senior economist au FMI et maître de conférences à Sciences-Po

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